Reinat MATALÒT                                                              Niça, lo 12 de decembre dau 2008

12, carriera Paul Reboux

06300  NIÇA

 

 

 

 

                                                                                              Monsieur Eric CIOTTI

                                                                                              Député des Alpes-Maritimes

                                                                                              Premier Adjoint au Maire de Nice               

 

 

 

Monsieur le Député,

 

C’est sur le plan de la culture et du parler niçards que j’attire particulièrement votre attention.

Etant « sòci » du Centre Culturau Occitan País Nissart (C.C.O.c ), je précise que c’est en mon nom propre que j’exprime ce qui suit, et non pas au nom du C.C.O.c. Je puis vous assurer néanmoins que le contenu de ce courrier est partagé par bon nombre de mes collègues et amis.

 

1) Je remarque une certaine carence concernant la présence effective de notre dialecte d’oc, dans sa variante niçarde. Certes des avancées positives ont été realisées, je ne le nie pas (plaques de rues bilingues, quoique encore insuffisantes, plaques signalétiques à certaines entrées de Nice, annonces de certaines stations en niçard dans le tram que l’on pourrait généraliser à toutes les stations).

Ceci étant, je constate néanmoins une absence flagrante de notre âme niçarde dans le Carnaval par exemple, où l’on nous abreuve depuis des lustres d’une musique et de thèmes qui se veulent d’actualité mais qui n’ont rien de commun avec notre culture, et cela est vraiment navrant !

 

2) Certaines artères dont le nom de baptême est bien niçard à l’origine furent dotées d’une graphie italianisante, je vous en donne quelques exemples :

a) rue Sorgentino, au lieu de Sorgentin (dans la bonne graphie occitane)

b) rue Miralheti, au lieu de Miralhet , peintre originaire de Montpellier

c) rue Tonduti de l’Escarène, au lieu de Tondut…plus conforme à notre famille linguistique, et peut-être, déformé par l’administration sarde, le cas ne serait pas isolé

d) l’église Saint-Giaume au lieu de Sant Jaume, devenue Ste Rita

e) rue de la Tour transformée en carriera de l’Aquedotto, terme purement italien alors qu’en niçard il s’agit bien du poarta-aiga. Inadmissible !

f) rue Sincaire, laquelle en l’état ne signifie absolument rien, alors qu’il faudrait lire Cinc Caires, du nom de ce fameux bastion où nos ancêtres se défendirent avec leurs « tripes » face aux assaillants franco-turcs.

Je ne puis passer sous silence les altérations du genre : la «Ciamada »(nissarda), au lieu de « Chamada » dans la bonne graphie, celles de certains toponymes du haut-pays : « Cians » au lieu de « Chans », la liste est longue.

J’ajoute pour clore ce chapitre, que je n’ai rien contre la fort belle  lingua di Dante, que je pratique encore à l’occasion, mais rendons à César ce qui lui appartient, et évitons les confusions qui défigurent les langues ; les protecteurs du français pousseraient des cris d’orfraie si l’on appliquait de telles dérives à la langue de Molière, il doit en aller de même pour celle de Ramon Feraud, première langue de civilisation au Moyen-Age.

 

Par ailleurs, que l’on m’explique de quelle manière les municipalités passées, purent-elles attribuer les noms de R.Rancher, de J.Brès, de J.Badat, de R.Feraud…à des artères peu connues pour ne pas dire plus ? alors que  Smolett, personnage acariâtre à notre endroit, que l’abbé  Grégoire, pourfendeur de notre parler, ont leur nom mis en évidence dans des rues passantes. Cest lamentable !

 

Mais il est vrai aussi que certains « spécialistes » de notre culture et de notre dialecte bien en vue dans la société niçarde, n’hésitent pas à faire également référence à Versailles, ce sont sans doute les mêmes dont de champ de vision ne dépasse pas la rive gauche du Var dès qu’il s’agit de parler de la grande famille occitane dont Nice fait intégralement partie, ce n’est certainement  pas sur eux qu’il faudra compter pour corriger ces aberrations.

Et que dire de Masséna, inféodé au pouvoir napoléonien, un enfant du pays qui se rendit tristement célèbre par la hargne dont il fit preuve dans le but d’éliminer impitoyablement nos Barbets, farouchement opposés à toute mainmise française sur notre terroir, et dont la patronyme fleurit tous azimuths à Nice.

 

Avant de terminer cette correspondance, je désire également vous entretenir de la loi 75-1 votée il y a peu par le Parlement. C’est une avancée pour la reconnaissance de nos langues, dites régionales » dont l’occitan, dans lequel est inclus à part entière notre dialecte niçard. C’est un timide progrès qui demande à être étayé et officialisé par une loi-cadre prévue en 2009. J’ose espérer que vous serez parmi les ardents défenseurs de ce projet qui restituera à notre langue d’oc la place qui lui fut refusée pendant des siècles et jusqu’à ce jour par un pouvoir intransigeant et dominateur.

 

Le 24 octobre 2009, une grande manifestation est prévue à Carcassone pour le droit de l’occitan à exister officiellement, a côté du catalan, de l’alsacien, du corse, du basque et du breton. Ce sera la troisième du genre après Carcassone en 2005 (10 à 12.000 participants) et Béziers en 2007 (20.000 participants). De nombreux élus honorèrent de leur présence cette seconde manifestation. Nous apprécierions à sa juste valeur votre venue en cette occasion.

 

Ce courrier vous aura paru sans doute un peu long, j’ose espérer quand même que vous aurez pris le temps de le lire, et que dans une certaine mesure, votre situation de premier adjoint à la Mairie vous permettra dans le futur, d’œuvrer pour une présence plus marquée de notre dialecte dans sa bonne ville de Nice et de rendre à nos valeureux ancêtres la place qu’ils méritent en priorité.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.