Centre Cultural Occitan País Nissart - Nissa

« Elections municipales à Nice... Et la culture occitane! »
Discussion sur le programme « Convergença » à l’occasion des élections municipales

25 février 2008, 19 h à Nice

Le Wagram
7 rue Fodéré
Quartier du Port
06300 NISSA



 

PROPOSITIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA LANGUE ET DE LA CULTURE D’OC À NICE

 

La lenga e la cultura d’Oc a NISSA en 17 ponchs

 

 

 

 

Pour tout renseignement :
Centre Cultural Occitan País Nissart - 06 71 18 61 21

Centre Cultural Occitan País Nissart 6 avenguda Gautier Ros 06000 Nissa

Tel. 04 93 80 07 12 – Portable 06 71 18 61 21 – Fax 08 25 18 16 06–

corrièl : ccocpaisnissart@infonie.fr – siti : http://www.nissa.org ou http://ccocpaisnissart.chez-alice.fr


Quelle joie et quelle force pour notre France du Midi si, par une connaissance plus rationnelle et plus réfléchie de sa propre langue et par quelques comparaisons très simples avec le français d’une part, avec l’espagnol et le portugais d’autre part, elle sentait jusque dans son organisme la solidarité profonde de sa vie avec toute la civilisation latine. Dans les quelques jours que j’ai passés à Lisbonne, il m’a semblé plus d’une fois, à entendre dans les rues les vifs propos, les joyeux appels du peuple, à lire les enseignes des boutiques, que je me promenais dans Toulouse, mais dans une Toulouse qui serait restée une capitale, qui n’aurait pas subi, dans sa langue une déchéance historique et qui aurait gardé, sur le fronton de ses édifices, comme à la devanture de ses plus modestes boutiques, aux plus glorieuses comme aux plus humbles enseignes, ses mots d’autrefois, populaires et royaux. De se sentir en communication avec la beauté classique par les œuvres de ses poètes, de se sentir en communication par sa substance même avec les plus nobles langages des peuples latins, le langage de la France méridionale recevra un renouveau de fierté et de vie. Notre languedocien et notre provençal ne sont guère plus que des baies désertées, où ne passe plus le grand commerce du monde ; mais elles ouvrent sur la grande mer des langages et des races latines, sur cette « seigneurie bleue » dont parle le grand poète du Portugal. Il faut apprendre aux enfants la facilité des passages et leur montrer par delà la barre un peu ensablée, toute l’ouverture de l’horizon. C’est de Lisbonne que j’ai écrit ces lignes, au moment de partir pour un assez lointain voyage, où je retrouverai d’ailleurs, de l’autre côté de l’Atlantique, le génie latin en plein épanouissement.

C’est de la pointe de l’Europe latine que j’envoie à notre France du Midi cette pensée filiale, cet acte de foi en l’avenir, ce vœu de l’enrichissement de la France totale par une meilleure mise en œuvre des richesses du Midi latin.

Jean Jaurès, La Dépêche, 15 août 1911

La France a ratifié le 18 décembre 2006 la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Elle prévoit dans son article 11 qu’« il appartient à chaque État partie de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire ».

 

 

Une politique volontariste
pour la langue et la culture d’Oc à Nice

L’initiative « Convergença » lancée par le Centre Cultural Occitan País Nissart a pour but de rassembler des propositions de diverses associations de Nice et des Alpes-Maritimes, représentant les différents secteurs d’activités de l’associatif culturel d’Oc. Leurs objectifs communs sont la défense, la promotion et la socialisation de la culture et de la langue d’Oc.

Le Centre Cultural Occitan País Nissart a en charge la gestion de cours, d’activités culturelles qu’elle a contribué à concevoir et qui a pu voir le jour grâce aux partenariats de la Ville de Nice, du Conseil Général des Alpes-Maritimes et du Conseil Régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

À travers Convergença, il s'agit de s’adresser à tous les candidats aux élections municipales de Nice. Nous le faisons avec un seul objectif : faire avancer l’idée que l’équipe qui aura la majorité en mars 2008 doit élaborer une politique, sa politique, pour faire vivre la langue et la culture niçoise, alpine et provençale, sous leurs différents aspects (patrimonial, éducatif, social, créatif), au service de la population niçoise. Nous apportons notre contribution au débat démocratique avec le constat et les propositions qui suivent.

La langue et la culture d’Oc (ou occitane) aujourd’hui

La langue d’Oc -le niçois, l’alpin (dit aussi gavot) et le provençal en font partie intégrante- est classée par l’UNESCO parmi les langues “en danger sérieux d’extinction” ; cela doit appeler une politique volontariste de sauvegarde et de développement de la part des différentes collectivités territoriales concernées et de l’État.

La France a ratifié le 18 décembre 2006 la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Cette convention prévoit dans son article 11 qu’« il appartient à chaque État partie de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire ».

Quels qu’aient été les aléas de l’histoire, la langue d’Oc a exprimé au cours de ses mille ans d’existence, par sa littérature notamment, une culture ouverte porteuse de valeurs universelles.

L’usage et la transmission sociale ont certes reculé, mais la langue sert aujourd’hui à de nombreuses expressions culturelles. Elle connaît un intérêt tout à fait neuf.

Les enjeux de sa transmission sont maintenant mieux cernés : les bienfaits du plurilinguisme, l’apport à la tolérance et à sa forme moderne, la laïcité, sa participation à la cohésion sociale, son potentiel d’enrichissement de la création en France, la source de création d’emploi qu’elle représente, sa contribution à l’image et au dynamisme de notre région et de notre ville, sont autant d’atouts qu’il convient d’exploiter.

Un plan de développement de la langue et de la culture d’Oc, partie intégrante du développement culturel et social de la ville.

 

Consciente de la nécessité de préserver et de promouvoir un élément de sa personnalité, la Ville de Nice, soutient la langue occitane -dans ses variantes dialectales- en aidant la diffusion culturelle, l’enseignement, les associations. Une nouvelle étape est nécessaire. Nous proposons que la Ville se dote pour les six prochaines années d’un plan d’ensemble pour le développement de la langue et de la culture occitanes, partie intégrante du développement culturel et social de la ville.

Il s’agit de mettre en cohérence les différents secteurs concernés, de définir des objectifs à atteindre, de rechercher une meilleure efficacité des actions. La Ville peut jouer un rôle de premier ordre, dans ses domaines de compétence en étant à l’initiative de projets, en recherchant les partenariats de l’État, de la région, du département, ou de l’Europe chaque fois qu’ils sont nécessaires.

Le contexte actuel est favorable :

                    – la préservation de la pluralité linguistique et culturelle est une préoccupation d’actualité ;

                    – l’intérêt manifesté par la population est réel (fréquentation du Centre dóu Patrimoni, accueil de l’enseignement bilingue quand il est offert, succès des manifestations pour la langue d'Oc dans sa diversité linguistique à Carcassonne en 2005 et à Béziers en 2007…) ;

                    – d’autres régions et villes françaises, notamment en Bretagne, ont déjà réalisé cette démarche ;

                    – la Région Midi-Pyrénées vient d’adopter à la quasi unanimité un schéma de développement de la langue et de la culture occitanes, cela a été aussi réalisé avec succès dans les Régions Aquitaine et Languedoc-Roussillon.

 

Le moment nous semble venu de capitaliser tous ces éléments favorables par l’élaboration et la mise en place d’une véritable politique culturelle d’Oc, assurant un avenir à la langue, au service de l’ensemble de la population. Cette politique concerne les secteurs clefs de la transmission : création et diffusion culturelle, enseignement des jeunes et formation des adultes, médias, vie sociale.

Par son histoire et sa population dans les Pays d’Oc (Nice est la troisième ville du sud de la France après Marseille et Toulouse), Nice a un rôle important à jouer pour la langue et la culture d’Oc. Nous vous proposons d’en débattre pour que l’action municipale au cours du prochain mandat lui en donne les moyens.

 

 

 


I – DES MESURES FONDAMENTALES

1. Nommer un adjoint au maire délégué à la langue et la culture occitanes.

 

2. Ouvrir un poste de chargé de mission dont le profil inclura les compétences en matière de langue, de culture d’Oc et d’action culturelle. Il bénéficiera d’un secrétariat dédié.

 

3. Ouvrir une ligne budgétaire spécifique. Elle atteindra pour le moins 2 millions d’euros en fin de mandat (ce qui ne représente que 2% du budget de la culture pour une ville similaire comme Toulouse).

4. Élaborer en 2008 un plan de développement pluriannuel pour la langue et la culture occitanes à Nice. Il associera tous les opérateurs concernés et sera mis en place en 2009.

II – DES ÉLÉMENTS POUR UNE POLITIQUE LINGUISTIQUE
ET CULTURELLE D’OC

La Ville de Nice pourra définir une politique culturelle et linguistique occitane en recherchant les partenariats de l’État (Préfecture, Éducation nationale, DRAC) et celui des structures intercommunales, organismes et collectivités territoriales intéressés. Dans d’autres régions par exemple, le Schéma territorial de développement de l’occitan en Midi-Pyrénées, voté à la quasi unanimité du Conseil régional propose de tels partenariats. Entres autres, à Toulouse et à Montpellier, s’est d’ailleurs créé un organisme L’Ostal d’Occitània, à Pau s’est créé L’Institut Occitan et L’Ostau Bearnés chargés de mettre en coordonner et mettre en œuvre ces actions. Cette politique culturelle et linguistique concernera les secteurs qui suivent.

II–1. SOCIALISATION ET VALORISATION DE LA LANGUE

1. Développement progressif de la signalétique bilingue écrite et orale.

La signalétique publique rend visible, utile et audible la langue comme marqueur de la personnalité de notre ville, aux yeux de ses habitants et de ses visiteurs. Sa mise en place, accompagnée d’explications à la population (Nice magazine, dépliants dans les lieux publics…) constitue une véritable pédagogie et une forte valorisation surtout si la signalétique concerne la vie de tous les jours (signalétique fonctionnelle). Elle est un élément de l’éducation au plurilinguisme, tout en donnant à Nice cet air de ville latine entre mer et montagne. Cela peut concerner aussi bien les quartiers historiques, anciens que les quartiers modernes, excentrés, les bâtiments publics, les transports, etc.

2. Intégration de la langue occitane dans la communication institutionnelle de la Ville.

Une étape nouvelle dans ces deux directions pourrait être présentée à l’occasion d’un événement marquant dans notre ville.

II–2. DÉVELOPPER L’OFFRE D’ENSEIGNEMENT ET SON ACCOMPAGNEMENT

Les collectivités territoriales peuvent signer des conventions avec l’État pour l’enseignement des langues régionales. Elles sont prévues par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 qui indique dans son article 20 qu’« un enseignement de langues et de cultures régionales peut être dispensé tout au long de la scolarité selon les modalités définies par voie de convention entre l’Etat et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage ». Le conseil municipal peut aussi demander la création de classes bilingues à parité horaire, en relation avec les enseignants et les parents (circulaire MEN n°2001-166 du 5-9-2001). Il peut également aider à l’ouverture d’écoles associatives Calandreta (comme celle existant déjà à Drap).

1. Développer l’offre d’enseignement bilingue français-occitan.

• L’enseignement bilingue est un moyen privilégié de transmettre la langue et la culture occitanes et de les valoriser dans la société avec un projet éducatif qui répond aux enjeux de notre temps.

On sait maintenant que l’enseignement bilingue français-occitan permet de développer « les aptitudes intellectuelles, linguistiques et culturelles », la maîtrise du langage en général, du français en particulier, les aptitudes aux apprentissages des langues, tout en préparant les élèves à assumer des identités à plusieurs niveaux, plurielles et complémentaires. Les bilans et évaluations établis ces dernières années dans les académies concernées par les chercheurs et les services de l’Éducation nationale l’ont montré notamment par les résultats en mathématiques et en français.

• Nous proposons que la Municipalité inclue le développement de l’enseignement bilingue français-occitan dans son action scolaire comme un axe essentiel de son plan pour la langue et la culture occitanes.

– Nous suggérons, qu’elle étudie les conditions d’un plan de développement progressif de l’offre d’enseignement bilingue dans les écoles publiques de Nice en lien avec l’Inspection académique et le Rectorat, avec l’objectif de deux ouvertures de nouveaux sites par an.
Le soutien aux initiatives associatives pour l’ouverture et le fonctionnement des écoles Calandreta est également nécessaire. Nous soulignons que les deux secteurs et les deux modalités d’enseignement bilingue sont vitales pour la transmission de la langue et de la culture au plus grand nombre possible d’élèves. L’objectif est de créer à terme, dans un nombre croissant de collèges puis de lycées, les sections où des matières sont enseignées en langue occitane, sans concurrence avec les langues étrangères étudiées.

Nice doit développer l’enseignement bilingue français-occitan à la hauteur de sa population, de la place et du rôle que notre ville doit avoir pour la culture d’Oc.

2. Expérimenter et développer des pratiques culturelles : « Langue d’Oc – Langues à Nice ».

Elles seront proposées aux écoles primaires de la ville, en partenariat éventuellement avec le Conseil général des Alpes-Maritimes et le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Leur objectif sera de permettre aux petits niçois de découvrir la langue occitane (nissart, alpin et provençal oriental) en pratiquant des activités culturelles (musique, chant, danse, conte ou théâtre en langue d’Oc dans ses variantes départementales) dans le cadre scolaire ou dans celui des CLAE (Centre de Loisirs Associé à l'Ecole) ainsi que, hors temps scolaire, dans les CLSH (Centre de Loisirs sans Hébergement). Ces activités incluront la découverte de la pluralité des langues présentes dans les familles de l’école ou du centre concerné. La culture occitane doit créer l’opportunité de sensibiliser tous les élèves à la pluralité linguistique et culturelle pour la vivre comme une richesse collective. Nice en tant que capitale du département rassemble des populations de la partie niçoise, alpine et provençale. Montrer cette diversité permettra de mieux envisager sa propre culture.

Modalités :

– des partenariats sur cahier de charges avec des associations proposant des animations ;
– des partenariats pour la formation d’animateurs de CLAE ou de CLSH en ce domaine ;
– la mise en place expérimentale d’intervenants culturels « Langue d’Oc – Langues à Nice » pendant le temps scolaire. Le Centre dóu Patrimoni, notamment, pourrait contribuer à ce dispositif.
– Étude des conditions de mise en œuvre par les Affaires scolaires de la Municipalité, en lien avec l’Inspection académique et le Rectorat.
 
Nous suggérons que la Municipalité de Nice propose une convention à l’Éducation nationale pour le développement de l’enseignement bilingue ainsi que celui des pratiques culturelles « Langue d’Oc-Langues à Nice », en partenariat éventuel avec le département et la Région, comme le prévoit la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école.
 
II–3. RENFORCEMENT DE LA CRÉATION, DE LA DIFFUSION CULTURELLE, DE LA PRÉSENCE DANS LES MÉDIAS
1. Apporter un soutien accru à la création et aux manifestations et festivals d’expression occitane.
Ils sont à la fois des lieux de rencontre vitaux des créateurs et des artistes avec le public et des événements marquant la personnalité d’une ville comme la Semana Nissarda, le Forum des Langues du Monde, les fêtes annuelles niçoises et de quartier, etc… Ils contribuent à une vraie décentralisation culturelle.
2. Impulser la prise en compte de la culture occitane dans les manifestations culturelles marquantes de la Ville :
Festivals de Jazz, Musique Sacrée, Nuits musicales, Voucalia, la Castellada, Carnavals, Festivals du Livre, etc…
1                 Favoriser l’émergence de créations artistiques contemporaines d’expression occitane.
2                 Développer la diffusion de la création occitane dans les réseaux « classiques » du spectacle vivant et consolider le réseau de diffuseurs « occitans ».
3                Développer les ressources dans les structures municipales comme les médiathèques et les centres culturels pour prendre en compte la langue et la culture d’Oc.
 
Les moyens en sont : l’intégration dans le cahier des charges ; les postes profilés avec compétence en la matière ; la formation du personnel.
6. Développer et ouvrir l’action du Centre dóu Patrimoni et soutenir les actions propres portées par les associations pour la promotion et le développement de la langue d'Oc.
Le Centre dóu Patrimoni, centre culturel spécialement dédié à la culture d'Oc a fait la preuve depuis son existence qu’il est reconnu et indispensable. Il serait nécessaire qu’il devienne à la fois un centre de documentation spécialisé (bibliothèque et médiathèque sur la langue et culture d'Oc) et à la fois une maison des associations nissardes, alpines et provençales à Nice. Cela n’exclut pas la collaboration, déjà engagée par ailleurs, avec d’autres structures valorisant la pluralité culturelle de la ville.
7. Prendre mieux en compte l’histoire de Nice.
– Les institutions et organismes concernés seront incités à élargir l'offre de parcours historiques et culturels liés à la culture occitane, intégrant l’usage de la langue (panneaux explicatifs bilingues français-niçois par exemple) à destination des établissements scolaires, des visiteurs et des touristes.
– Dans le même esprit, la municipalité pourrait envisager la commémoration officielle par la Ville, de l’acte fondateur de la Commune de Nice avec son conseil municipal composé de Consuls, symbole de l’avancée démocratique que représentent les « libertés communales ».
 
8. Développer l’aide aux médias intégrant la langue occitane ou la culture (radio, télévision, presse écrite).
– En augmenter la diversité et la qualité.
– Inciter Nice TV à la création d’émissions en langue d'Oc et d’émissions en langue française sur la culture occitane.
– Soutenir la production audio-visuelle en occitan ou en français sur la culture occitane par la participation de la Ville à des projets de média inter-régional avec les autres régions parlant la langue d'Oc en France (Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées...) voire international avec la région occitane du Piémont.
 
9. Établir un plan de formations professionnelles, culturelles et/ou linguistiques.
Progressivement ouvert à l’ensemble du personnel, ce plan doit permettre de former notamment les personnes des services concernés ainsi que les intervenants nécessaires à la mise en œuvre de cette politique.